Pour profiter du contrat DCNS, les PME devront s'installer en Australie

Manuel Valls, en visite en Australie le 2 mai, a félicité les équipes de DCNS sur le "contrat du siècle" remporté par la société pour la fourniture de 12 sous-marins. Des opportunités demeurent pour les entreprises françaises du secteur, y compris les PME... à condition qu'elles s'installent en Australie.

Pour profiter du contrat DCNS, les PME devront s'installer en Australie Manuel Valls, en visite en Australie le 2 mai, a félicité les équipes de DCNS après avoir échangé avec son homologue Malcolm Turnbull sur le "contrat du siècle" remporté par la société pour la fourniture de 12 sous-marins. © Photo Myrtille Delamarche

Pour ponctuer sa visite dans le Pacifique Sud, le Premier ministre français Manuel Valls a fait escale en Australie. Une étape destinée à "symboliser un partenariat qui nous engage pour 50 ans", comme l'a qualifié Manuel Valls. Allusion au contrat du siècle remporté par DCNS pour la fourniture de 12 sous-marins à l'Australie.

Parce qu'il était "important de symboliser par une rencontre cet engagement", Manuel Valls a donc écourté sa visite à Auckland, annulant la visite prévue de l'usine Danone, pour consacrer trois heures à des échanges avec le Premier ministre australien Malcolm Turnbull et avec les équipes de DCNS à Canberra.

Des détails importants restent à régler

Avant la signature du contrat définitif, de nombreux détails restent à régler, comme les nuances entre "construction" et "assemblage" qui définiront le nombre d'emplois créés dans chacun des deux pays. Mais aussi la liste des fournisseurs. Le Barracuda, modèle cousin de celui vendu aux Australiens, est composé à 90% d'acier de type 80 HLES (à 10% de nickel) fourni par Industeel - Le Creusot. Mais les sous-marins australiens conçus par DCSN ne contiendront "que de l'acier australien", selon le PDG de DCNS Australia Sean Costello.

Une mauvaise nouvelle pour la filière métallurgique française ? Tout dépend de ce que l'on entend par "australien". DCNS doit respecter un certain nombre d'engagements dits "de souveraineté", comme l'interdiction de conclure pour ces sous-marins des contrats exclusifs de sous-traitance et de permettre, à l'avenir, aux Australiens de "maintenir, réviser et upgrader" leurs sous-marins, détaille Sean Costello.

Des opportunités conditionnées pour la sous-traitance française

Mais des opportunités demeurent pour les entreprises françaises du secteur, y compris les PME... à condition qu'elles s'installent ou s'associent en Australie. Des clusters seront développés sur place et un pôle de compétitivité comme le pôle mer devrait être répliqué sur place. "Des centaines d'entreprises viendront établir des partenariats avec des entreprises australiennes. De là, elles pourront investir et accéder aux marchés japonais, chinois, indonésien et à Singapour", assure le patron de DCNS en Australie. Voilà qui devrait rassurer, ou pas, ce patron de PME qui avant le voyage de Manuel Valls s'interrogeait – anonymement – sur les chances accordées aux PME françaises partenaires de DCNS dans la R&D de bénéficier aussi de contrats bien réels.

Un choix stratégique

Outre le savoir-faire français et les transferts de technologies, l'une des raisons du choix australien en faveur de DCNS est stratégique. Ce contrat permet de renforcer le partenariat régional de défense et de sécurité. Comme un gage donné à la France, pour lui exprimer combien sa présence militaire dans la région compte pour les pays voisins de la Nouvelle-Calédonie. La perspective d'une potentielle souveraineté du territoire à l'issue du referendum prévu au plus tard en novembre 2018 préoccupe tant la Nouvelle-Zélande que l'Australie, toutes deux liées à la France par les accords Franz et Quad. "Nous partageons avec l'Australie des espaces communs dans l'océan Pacifique comme dans l'océan Indien", a martelé le Premier ministre à plusieurs reprises. La proximité de la Chine et, pour l'Australie, de l'Indonésie, sont des facteurs d'inquiétude qui poussent l'Australie, comme la Nouvelle-Zélande, à réassurer leurs alliances militaires internationales.

"La relation stratégique entre la France et l'Australie est en train de changer de dimension", a souligné Manuel Valls dans un point presse conjoint avec son homologue australien Malcolm Turnbull, qui vient de remettre son mandat en jeu dans des élections anticipées.

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